Incarcération Totale

Avec les compliments du pays de la liberté.

This article is available in:

Dans les prisons américaines éparpillées dans les pays du monde en dehors des États-Unis, les prisonniers sont régulièrement violés, pendus à des crochets, sujets à la torture par eau ou le ‘waterboarding’, brûlés, attachés à des électrodes, privés d’eau, de nourriture ou de médicaments, attaqués par des chiens ou battus jusqu’à ce que leurs os se brisent. Quand ils sont sur des bases militaires américaines ou sur un territoire américaine, ils sont sujets à une privation sensorielle ou d’autres maltraitements systématiques des sens. On leur met un chapeau pour qu’ils n’entendent rien, un cagoule pour qu’il ne voient rien, des masques chirurgicaux pour qu’ils ne sentent rien, des gants épais pour neutraliser leur sens du toucher. Ou bien, on leur inflige du “bruit blanc”, des bruits violents alternant avec des silences complets en intervalles irrégulières. Ils s’ont empêchés de dormir, sois en ayant une forte lumière électrique allumée jour et nuit, sois en les interrogeant pendant des périodes qui peuvent parfois durer 24 heures, pendant 48 jours successifs. Ou bien ils sont forcés à passer à des températures extrêmement froides à des températures brûlantes et vice versa. Aucune de ses techniques, il est prétendu, ne provoque la “détérioration des fonctions physiques” qui les caractériseraient de torture.

Tzvetan Todorov, La Peur des Barbares

Traduit par Julie Cornu.